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 François Boyer, homme de lettres, de cinéma et de télévision

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Charpentier Hélène



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Date d'inscription : 28/01/2008

MessageSujet: François Boyer, homme de lettres, de cinéma et de télévision   Lun 13 Avr - 17:22

François Boyer.




Conférence donnée par Hélène Charpentier le 7avril 2009 au lycée Oehmichen de Châlons en Champagne.





François Boyer est né à Sézanne en 1920 où ses parents sont instituteurs, profession exercée dans la famille depuis 1830. Il est décédé à Saint-Germain en Laye en 2004. A l’issue de sa scolarité effectuée à Sézanne jusqu'au baccalauréat, il enseigne en 1941 dans la classe unique de Peas, puis entre à la SNCF, avant d’être reçu en 1943 au tout premier concours de l’IDHEC – Institut des Hautes Etudes Cinématographiques- dont Marcel Lherbier est le directeur. Pour échapper au STO il se cache jusqu’à la Libération dans une ferme isolée de la Sarthe, reprend ses études et sort diplômé de l’IDHEC en 1946 avec la spécialité : réalisation, production, régie. Toute cette période est relatée dans son dernier ouvrage : Le match du siècle. publié en 1989 et quasiment introuvable aujourd’hui. Le titre désigne le match de football du 17 mars 1935 où les joueurs allemands battent les joueurs français, signe prémonitoire de la montée des périls à venir.



François Boyer nous laisse six romans : Les Jeux inconnus (1947) qui deviendront six ans plus tard Jeux interdits à l’écran, le réalisateur René Clément ayant su convaincre un producteur d’adapter ce roman qui sera ensuite traduit dans 18 langues sans que son auteur touche la moindre part de ce succès car les éditions de Minuit avaient vendu les droits à un éditeur anglais qui fit fortune en publiant l’ouvrage dans tous les pays de langue anglaise. François Boyer publiera ensuite L’Emeute en 1953, La gare du ciel en 1954 – cette gare est en réalité un barrage hydroélectrique situé à 2113 m d’altitude dans les Pyrénées pour fournir l’électricité des chemins de fer du midi, lieu isolé et symbolique où un personnage aigri et misanthrope va redécouvrir le dévouement et la tendresse – Bébert et l’omnibus en 1963, Le petit bougnat en 1970 et enfin Le match du siècle en 1989. Les jeux inconnus, Bébert et l’omnibus et Le petit Bougnat seront portés à l’écran. Isabelle Adjani, âgée de 13 ans choisie par François Boyer lors d’un casting, débutera au cinéma dans Le petit bougnat réalisé par Bernard Toutblanc-Michel.



Homme de lettres, François Boyer est aussi homme de cinéma. Il participe à plus de 30 films, comme adaptateur, scénariste ou dialoguiste, la répartition des tâches n’est pas toujours aisée à établir dans le cadre d’un travail d’équipe où les avis s’échangent. Il travaille avec plus de 20 réalisateurs dont Louis Daquin, René Clément, Jean Delannoy, Henri Verneuil, Gilles Grangier, Jean-Paul Le Chanois, Yves Allégret pour ne citer que ceux là. Une véritable complicité avec le réalisateur Yves Robert aboutira à l’adaptation inoubliable du roman de Louis Pergaud La Guerre des boutons. François Boyer travaille également avec Jean Aurenche, Pierre Bost et Michel Audiard, scénaristes et dialoguistes renommés. Certaines répliques de François Boyer ont été attribuées à Audiard mais François Boyer considérait cette méprise comme un compliment.

A l’énumération chronologique des films auxquels il a collaboré nous préférons une présentation qui en dégage les grandes lignes et les engagements qui sont ceux de son oeuvre littéraire : dénoncer tout ce qui peut constituer une entrave à l’élan de la vie et à la quête du bonheur véritable qui ne saurait se confondre avec la volonté de puissance et de domination.

Une première remarque s’impose : celle de l’intérêt porté à l’enfance dont il sera un observateur fin et lucide en dépit des attaques exprimées par François Truffaut à l’encontre de Chiens perdus sans collier. En 1949 il travaille avec Louis Daquin réalisateur d’un film sur la dure vie des mineurs : Le point du jour, où un enfant sensible, rêveur et fragile se cuirasse et cherche à faire ses preuves. En 1976, pour son dernier film avec Yves Allégret, il rédige le scénario de Mords pas on t’aime soulevant le problème des enfants du divorce.Entre temps il aura participé à Jeux interdits, les fruits sauvages, Chiens perdus sans collier, Elisa, La guerre des boutons, Bébert et l’omnibus et La foire aux cancres.

Il dénonce l’horreur de la guerre dans les premières images de Jeux interdits et reprend ce thème avec Week-end à Zuydcoote, La 25° heure, Prêtres interdits ou Le bar de la Fourche, ces deux derniers films dénonçant par ailleurs l’hypocrisie religieuse.

En dehors de la guerre, la vie des petites gens s’enlise dans la grisaille du quotidien et de l’ordre établi. Des gens sans importance, film d’Henri Verneuil, évoque la vie des chauffeurs routiers et le problème de l’avortement clandestin. Dans Les fruits sauvages une adolescente travaillant en usine pour élever ses frères et sœurs tandis que son père veuf sombre dans l’alcoolisme et veut livrer la cadette à la prostitution, formule ce constat amer : « C’est pire que la guerre. ». Sous le signe du taureau met en scène le cynisme de la bourgeoisie et du monde des affaires affichant leur plus parfait mépris à l’encontre du génie créateur et des ouvriers non payés. Dans Un singe en hiver deux personnages échappent à cette grisaille le temps d’une soirée consacrée à l’ivresse libératrice ravivant les souvenirs de guerre transfigurés par le rêve, le délire verbal et la mise en scène d’un feu d’artifice bien particulier.

D’autres solutions, pas forcément les meilleures, sont proposées pour échapper à tout ce broie l’élan de la vie. Les copains offrent une satire de la bêtise, de l’Armée, de l’Eglise et des institutions et nous retrouvons ce rire lourd dans Gross paris film héroï-comique où deux joueurs de courses incorrigibles ne cessent de frôler le danger durant la seconde guerre. L’attrait de l’argent , de la vie facile et du pouvoir ne connaissent pas une issue heureuse dans Le jardinier d’Argenteuil, Les intrigantes, Le joueur, Que les hommes sont bêtes ou Une manche et la belle. Selon Jean-Jacques Bauchet, instituteur devenu psychologue, il semble que les enfants soient seuls capables de « s’affranchir et de se cuirasser en recréant un monde à eux d’où les adultes sont absents » et de trouver ainsi la moins mauvaise des solutions possibles.

Il convient d’ajouter que François Boyer est allé en URSS en 1961 et 62 pour travailler avec les réalisateurs Iakov Seguel et Léonid Krisky. Il reçut dans ce pays un accueil chaleureux et y rencontra Yves Robert, cinéaste passionné de l’enfance et de la vie simple et bon enfant.



Homme de lettres, homme de cinéma, François Boyer est aussi homme de théâtre. Son unique pièce Dieu aboie-t-il ? mise en scène en 1971 au théâtre des Mathurins par Jean Negroni avec Anne Alvaro et Jean-Pierre Darras est régulièrement jouée en France et dans le monde entier. Une jeune fille orpheline, simple et illettrée,surnommée "l'idiote" mais sachant lire les signes de la nature et attentive au comportement des animaux vit sur une île imaginaire. Elle a entendu que les aboiements des chiens annonçaient un tremblement de terre, annonce confirmée par l'observation des chèvres et des oiseaux. La nouvelle se répand sur le continent et un homme représentant à la fois le policier, le curé et le juge vient l'interroger. Très vite, ces trois masques respectables vont tomber car "l'idiote"se révèle habile à décrypter la nature profonde de celui qui prétend la dominer. Le titre contraria un temps certains catholiques pratiquants et devint " L'adorable pucelle" avant de redevenir définitivement " Dieu aboie-t-il ?"



Nous achèverons cette présentation en précisant que l’enfant de Sézanne a travaillé pour la télévision : Lumières dans la nuit, Deux épisodes de Vidocq, les aventures du capitaine Lückner, Nick Verlaine ou comment voler la Tour Eiffel, Où vont les poissons rouges ? L’homme au petit chien et La vie de Berlioz. Il n’a pas trouvé dans ce milieu la ferveur créatrice qui était la sienne mais, passionné de musique, La vie de Berlioz lui a laissé un souvenir enthousiaste.

Fidèle à ses origines il revenait à Sézanne à l’occasion des retrouvailles des anciens élèves du lycée
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: François Boyer, homme de lettres, de cinéma et de télévision   Lun 13 Avr - 18:36

C'est incroyable quand même qu'à partir d'un nom qui ne nous dit pas forcément grand chose, on arrive à retrouver des tas de choses que l'on connait.
Bein oui, François Boyer, je l'avoue, ce ne nom ne me disais pas énormément de choses, mais je connais de nombreus titres, comme Un singe en hiver, Chien perdu sans collier, La guerre des boutons, biensur....

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