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 Erri de Luca

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coline

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MessageSujet: Erri de Luca   Sam 30 Déc - 16:40

Montedidio

Montedidio, cela signifie le Mont de Dieu en italien. C’est le nom d’un quartier populaire de Naples. Et c’est là que vit le narrateur.
Il a treize ans et consigne par écrit, en italien, "la langue muette des livres » (alors que tout le monde autour de lui ne parle que le dialecte napolitain) "les faits de sa nouvelle vie avec un crayon sur un rouleau de papier que lui a donné l'imprimeur de Montedidio, un reste de bobine".

Pour lui est venu le temps de quitter l’école pour aller travailler. La famille est modeste dans l’Italie d’Après Guerre. L'action se déroule autour des années 50, l’auteur donne quelques repères : les premiers " oulaop ", en Amérique un jeune homme a été fait président, les Russes ont envoyé un chien dans une fusée ….
La mère est malade. Le père est docker.
Et en une seule année, le jeune garçon se trouve projeté dans le monde des adultes.

Il apprend la menuiserie chez mast’Errico qui a fait une place dans son atelier à un personnage étrange, Don Rafaniello, un bossu aux cheveux roux qui "fait la charité aux pieds des pauvres" en réparant leurs chaussures sans le leur faire payer.
Entre l’adolescent et le bossu naît l’amitié. Tous deux rêvent et se préparent, chacun à leur manière, à prendre leur envol. "Du haut de Montedidio, d’un saut vous êtes déjà au ciel."

Rafaniello, survivant de la Shoah échoué au Montedidio de Naples, est persuadé que sa bosse contient deux ailes qui un jour lui permettront de s'envoler pour rejoindre le Mont de Dieu de Jérusalem.

Et chaque soir, sur une terrasse qui domine toute la ville, le jeune garçon, le narrateur, s'entraîne à lancer un boomerang que son père lui a offert. Plus exactement, il s’entraîne à faire seulement le geste du lancer car " dans ce quartier de ruelles qui s'appelle Montedidio, si tu veux cracher par terre, tu ne trouves pas de place entre tes pieds ". Son corps se muscle, se métamorphose et cela n’échappe pas à Maria, une voisine de l’immeuble, 13 ans elle aussi, blessée par la vie et beaucoup plus mature. Tous deux se retrouvent et s’aiment.

« Maria surgit de l’obscurité des lavoirs. Ses treize ans ont plus vite poussé que les miens, elle est déjà dans un corps formé. »

"Elle prend ma tête entre ses mains, l'appuie contre sa poitrine, et sous le gonflement de sa chair qui dépasse, je sens sa respiration, puis le battement dur de son coeur : on dirait quelqu'un qui frappe et j'ai envie de répondre "entrez".

« Maria a de profondes respirations, ma tête monte et descend sur sa poitrine. Elle dit qu’à présent ça va, que maintenant elle fait cette chose, du plaisir des hommes, pour moi, comme ça c’est beau, et pas la saleté du vieux corps du propriétaire de la maison, ses gestes sur elle. »

« Le Père Eternel voit tout Maria », lui dis-je. « Oui, il voit tout, mais si c’est pas moi qui pense à arranger les choses, il reste à regarder le spectacle. »

« Aux lavoirs en décembre, le vent joue au dur, il balaie la poussière par terre, astique la nuit dans le ciel, retire la chaleur des maisons. Il n'y a pas de lune, Maria regarde émerveillée le couvercle de la nuit au-dessus de Montedidio. Tous les deux, sur le toit le plus haut du quartier, nous sommes les sentinelles de la ville. »

« Elle serre, donne libre cours à sa belle force sur mon corps, décharge la fraîcheur de ses mains aux endroits durcis des muscles qui sont tendus pour lui répondre. […] Et moi je me déchaîne en mouvements qui ne sont pas de moi. »

"Maria dit que je suis bien là moi et voilà que je m'aperçois moi aussi que j'existe. Je me pose la question : je ne pouvais pas m'en apercevoir tout seul que j'existais? Il semble que non. Il semble que ce doit être quelqu'un d'autre qui le signale."


La phrase est sobre. Les chapîtres courts.
Erri de Luca restitue bien l'atmosphère du quartier et fait vivre des personnages très attachants.
Mais son récit prend place entre réalisme et fantastique …voire même mysticisme.
Je crois que je vais continuer à lire Erri de Luca!
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coline

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MessageSujet: Re: Erri de Luca   Sam 30 Déc - 16:42

Montedidio

J'ai oublié de préciser que le personnage qui m'a peut-être le plus touchée (alors que, pour parler comme dans un film, on y verrait "un second rôle") c'est Maria. Mais quel rôle!...C'est elle, si fragile et si forte, qui apporte, dans tous les sens du terme, "de la chair", "du corps" à ce roman qui serait, sans elle, déjà très beau...mais presque "trop" beau pour qu'on s'y attache vraiment...
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coline

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MessageSujet: Re: Erri de Luca   Sam 30 Déc - 16:45

Au nom de la mère

78 pages seulement, 78 belles pages.

L'originalité de ce texte, qui relate le moment bien connu de la Nativité, tient au fait que Marie( Miriam) et Joseph ( Iosef) apparaissent enfin comme doués de parole. Ce qui en fait deux êtres très humains. Très charnels . Ils expriment ce qu'ils ressentent, comment ils vivent l'événement, l'un et l'autre. Ils se disent leur amour si grand qui leur permet d'être seuls contre tous.

Miriam parle comme une fiancée puis une épouse amoureuse :

« Mon Iosef, beau et compact à en mourir, serrait ses bras contre son corps, essayait de rester calme, plié comme s’il avait mal au ventre. La nouvelle lui faisait l’effet d’une trombe arrachant les toits.[…] Ses cheveux aux mèches agitées se rabattaient sur son front clair, dansaient devant ses yeux, je les lui arrangeais par des caresses. Il était encore plus beau dans son bouleversement."

« Qu’a-t-il dit d’autre, quoi d’autre ? » demandait Iosef inquiet, la tête entre les mains, les yeux à terre. « Essaie de te souvenir Miriam, c’est important. »

Dans son cas, Miriam pouvait être lapidée.

« Tu connais la loi Miriam ?
-Je connais la loi.
-A fond ?
-Pas aussi bien que toi, pas tous les mots. C’est à vous, hommes, de les savoir par cœur. Je connais les conséquences
. »

« Miriam, je t’aime, je te demande ça parce que je te crois et que je veux te sauver. Miriam, ils te traîneront à la porte de Nazareth et te lapideront. Et ils me demanderont à moi de te lancer la première pierre. Tu le comprends, ça ? Tu le comprends ? Tu la connais notre loi. ». Et ses paroles s’étranglèrent pour ne pas finir dans un cri et les laisser sortir. »

Iosef apparaît comme un homme très fort et déterminé, sûr et amoureux de sa Miriam dont il prend le parti en s'opposant à tout Nazareth.

« Je souriais dans ma chambre à mon Iosef qui savait me dire oui à moi et dire non à tout le reste du monde. »



« Miriam, tu sais ce qu’est la grâce ?
-Non, pas précisément répondis-je
-Il ne s’agit pas d’une allure séduisante, ni de la belle démarche de certaines de nos femmes bien en vues. C’est la force surhumaine d’affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. Elle n’est pas féminine, c’est un talent de prophète. C’est un don et toi tu l’as reçu. Qui le possède est affranchi de toute crainte. Je l’ai vu sur toi le soir de la rencontre et depuis lors tu l’as sur toi. Tu es pleine de grâce. Autour de toi, il y a une barrière de grâce, une forteresse. Toi, tu la répands, Miriam : même sur moi.
»

« D’où prends-tu la force de rester seul contre tous Iosef ?
- De toi, répondit-il.
»

Elle parle sans cesse à son enfant tandis qu'elle le porte.

La naissance de Ieshu a lieu dans une étable à Bethléem parce qu'ils ont été obligés de se déplacer jusque là pour le recensement ordonné par les Romains.
Miriam part en confiance. Elle accouche seule, coupe le cordon. Elle parle à son enfant toute la nuit, tant qu’elle l'a encore pour elle. Dès le matin, elle sait qu'il n'en sera plus de même...Et juste avant l’aurore, elle prie pour le garder :
« Seigneur du monde, écoute la prière de ta servante qui maintenant est mère.[…] Qu’il ne soit personne, ton Ieshu, qu’il soit pour toi un projet mis de côté, une des si nombreuses pensées sorties de ta mémoire. On te prie déjà tellement de te souvenir de ceci ou cela. Oublie Ieshu. »
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la blonde

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MessageSujet: Re: Erri de Luca   Dim 31 Déc - 16:29

merci coline!!! Wink
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coline

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MessageSujet: Re: Erri de Luca   Mer 3 Jan - 0:05

Ben...la blonde (ça me fait drôle de dire ça mais je vais m'y habituer!...moi ce serait plutôt la brune Smile )...c'est un plaisir pour moi de parler des livres que j'ai aimés...
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: Erri de Luca   Mer 3 Jan - 9:44

Depuis que tu as posté "Au nom de la mère", je me dis que j'ai déjà entendu parlé de ce livre, je pense que cela doit être au comité de lecture auquel je participe. Mais en tout cas, je ne l'ai pas encore lu, ça j'en suis certaine.

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