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 Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.

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Charpentier Hélène



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MessageSujet: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Lun 4 Jan - 13:43

Veuillez m'excuser pour la longueur de ma présentation qui s'efforce tout simplement de répondre aux questions : Quoi ? Où ? Quand ? Qui ? Comment est-ce raconté et que faut-il en retenir ?

HISTOIRE D'UN PAYSAN, d’Emile Erckmann et Alexandre Chatrian.

En flânant sur une brocante, mon attention a été retenue par ce roman d’Erckmann et Chatrian, auteurs à succès du Second Empire puis de la troisième République. L’exemplaire aux pages jaunies et écornées, portant le cachet d’une école communale a vraisemblablement été lu par des générations d’écoliers aujourd’hui retraités ou disparus.

Il convient de préciser que le titre désigne la profession du témoin narrateur parvenu à l’âge de la vieillesse. Fils d’un misérable vannier, il a été successivement forgeron, engagé volontaire pour défendre les conquêtes de la Révolution contre les monarques européens, épicier-libraire et paysan. L’état de paysan constitue donc la récompense honorable d’une série d’épreuves physiques et morales endurées avant, pendant et après la Révolution de 1789.

Les auteurs, édités et réédités, en particulier par Hetzel, surent exploiter la veine des romans nationaux où le peuple, bénéficiant des progrès de l’instruction, trouvait une image valorisante de son histoire douloureuse. On comprendra malgré tout sans peine que Napoléon III ait finalement renoncé à leur accorder la distinction honorifique d’usage.

L’HISTOIRE D'UN PAYSAN, à première lecture, se présente d’abord comme l’histoire d’une famille pauvre mais soudée, que la grande Histoire divise inéluctablement au fil des événements, et l’on voit les partisans généreux et fidèles de la République s’opposer aux nostalgiques de l’Ancien régime, aux intrigants opportunistes, puis aux profiteurs de l’après Révolution et de l’Empire.

L’époque est rigoureusement délimitée et se décompose en quatre parties correspondant aux quatre volumes :
- Les Etats généraux de 1789,
- La patrie en danger en 1792,
- L’an I de la République en 1793,
- Le citoyen Bonaparte, de 1794 à 1815.
Le cadre des événements varie en fonction des déplacements du personnage principal, Michel Bastien, qui se déplace essentiellement à pied. Nous passons du village lorrain de son enfance à la ville de Nancy, puis dans tous les lieux de bataille où le narrateur est appelé à défendre les droits du peuple, à l’Est comme à l’Ouest. La troisième partie se déroule essentiellement en Vendée. On remarquera cependant que "l’Auberge des trois pigeons "du village, joue un rôle prépondérant : on s’y retrouve pour échanger des nouvelles, s’affronter, réfléchir et prendre conscience du monde nouveau qui se met en place. La ville de Paris où se joue le sort de la nation apparaît dans les longues lettres du député Chauvel et de sa fille Marguerite, autres personnages incontournables du roman.

Autour de Michel Bastien, gravitent les parents, les frères et sœurs et les amis. Très rapidement se dégagent les partisans de l’Ancien régime, vouant une confiance aveugle en Dieu et en son représentant : le roi, considéré comme le père du peuple. Cette confiance les conduit à refuser tout désir d’instruction propice à l’observation et au développement du raisonnement. On rangera dans cette catégorie la mère de Michel, Valentin ouvrier forgeron, et le père Bénédic, frère quêteur. Michel leur résiste, encouragé par son parrain, le forgeron Maître Jean, le colporteur calviniste Chauvel, sa fille Marguerite et le curé Christophe. Représentant du bas clergé, compatissant aux misères du peuple, le curé Christophe estime en effet que la Révolution est conforme aux paroles du Christ et il affirme : « Depuis 1700 ans, les droits de l’homme étaient prescrits par Notre Seigneur. Il avait dit : aimez-vous les uns, les autres car vous êtes frères, vendez vos biens pour me suivre et donnez l’argent aux pauvres. » Sincère et généreux, il prête serment à la nouvelle constitution tout en gardant ses distances à l’encontre de son ami Chauvel dont l’esprit lucide et subversif l’indispose.
Nicolas, frère de Michel Bastien, illustre le traître sans scrupules, reniant famille et patrie pour se couvrir de gloire et s’enrichir. Il devient même voleur. Lisbeth, l’une des sœurs, suit un itinéraire plus ou moins louche pour se ranger parmi les parvenus mais demeure fidèle aux siens.
Sôme, le vieux soldat, manifeste un courage inébranlable dans les pires épreuves, et Robespierre, qualifié de mirliflore, paraît bien falot en comparaison. Les personnages politiques de cette époque agitée sont évoqués ponctuellement afin de suivre l’évolution d’une fresque historique sur laquelle se détache un destin individuel.

Le point de vue interne du narrateur témoin se maintient tout au long du roman. Michel Bastien, âgé de 85 ans en 1815, entreprend de rédiger ses mémoires en précisant qu’il se range parmi les savants et les hommes d’esprit en précisant : « ce qu’on a vu soi-même, on le sait bien. » L’entreprise du récit rétrospectif évite la monotonie par le retour au temps de l’écriture où le lecteur interpellé cette fois par le narrateur devenu conteur, est invité à tirer les leçons de l’expérience vécue. Les discours et les longues lettres de Chauvel - on aime correspondre à cette époque - viennent apporter les précisions nécessaires à la compréhension de la Révolution, de ses prémices à son crépuscule. Chauvel s’informe avec sérieux et minutie, analyse les événements et semble tout prévoir, particulièrement sa fin tragique s’inscrivant dans le cadre dans le cadre de l’attentat du 24 décembre 1800 contre Bonaparte. Son point de vue omniscient complète celui du narrateur témoin. On pourrait penser que ce roman ne se confonde avec une leçon d’histoire se bornant à informer, expliquer et convaincre. En réalité toutes les ressources de l’écriture sont exploitées et font oublier la densité des quatre volumes. Ainsi les scènes comiques - l’entraînement militaire par exemple – alternent avec les retrouvailles pathétiques ou les moments épiques comme le discours de Chauvel. Des dialogues animés succèdent aux démonstrations tandis que des portraits incisifs et pittoresques – le frère Bénédic ou l’ouvrier Nicolas – prennent le relais de descriptions plus longues, sans compter les anecdotes immergeant le lecteur dans l’atmosphère de l’époque : culture contestée de la pomme de terre ou vaccination contre la variole. L’ouvrage se lit donc facilement.

Parmi les thèmes abordéset les thèses défendues, quelques lignes de force se dégagent. Michel Bastien, homme du peuple ne cesse de conquérir sa dignité et d’avancer – au sens propre puisqu’il marche beaucoup, moyen de locomotion réservé aux pauvres et préconisé par Rousseau en son temps – et au sens figuré : il apprend, il comprend et progresse vers la sagesse. Son courage physique se manifeste en diverses occasions : à la forge, à la guerre, au travail de la terre. Le travail manuel est toujours valorisé et demeure indissociable de l’effort intellectuel quotidien. Michel lit beaucoup : l’Encyclopédie de Diderot et les journaux en particulier. Son courage moral reste inébranlable : il défend sa patrie, lutte contre l’injustice sociale et les privilèges indus, protège ses proches et ses amis. Pour atteindre l’idéal qu’il s’est proposé, il ne cesse de revendiquer le droit à l’instruction du peuple dont le labeur doit être récompensé ; Devenu commerçant, il découvre qu’une économie saine contribue au bonheur d’un pays tout en distinguant la bourgeoisie honnête et laborieuse de la bourgeoisie dorée favorisée par la constitution de l’an III qui réserve le droit de vote aux plus riches à la fin de la Révolution. L’exemple des Protestants persécutés et pourchassés sous Louis XIV mais parvenant à se rétablir par l’instruction, l’esprit critique et le sens du commerce n’est pas étranger à son évolution politique. La critique de l’absolutisme est permanente et va jusqu’à remettre en question les clichés les plus enracinés concernant les incorruptibles comme Robespierre ou Saint-Just, ou relatifs à Bonaparte. Pour ce dernier on peut même parler de démystification : « La nation n’existait donc plus que pour fournir des soldats et de l’argent à Bonaparte. Jamais aucun peuple n’était tombé plus bas. »
Au-delà de l’évocation de la Révolution de 1789 qui ébranla la France et l’Europe, l’Histoire d’un paysan, reste l’expression de l’homme révolté qui se dresse contre tout ce qui l’écrase pour affirmer sa dignité d’être humain conscient et lucide. Marguerite, petite femme vaillante et organisée, affronte l’intolérance religieuse et la brutalité des ignorants. Dans une lettre adressée à Michel, c’est elle, à peine âgée de 18 ans, qui souligne les dangers de la corruption guettant tout élu tenté de confondre pouvoir et représentation : « Ce ne serait pas bien de faire des économies sur ce qu’on reçoit de la Nation pour la représenter, ce n’est pas une place qu’on a, c’est un devoir que les électeurs vous donnent et qui ne doit pas vous enrichir. »

Et c’est ainsi qu’au détour d’une phrase, vous êtes rappelé à l’actualité. Emile Erckmann et Alexandre Chatrian ne sont pas si démodés et vous invitent à réfléchir sur les liens unissant le passé au présent.
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Lun 4 Jan - 14:09

Citation :
« La nation n’existait donc plus que pour fournir des soldats et de l’argent à Bonaparte. Jamais aucun peuple n’était tombé plus bas. »

Alexandre Le Grand et Bonaparte ont toujours été considérés comme de grands hommes ayant fait beaucoup... beaucoup quoi ? de bien à ce qu'il semblerait quand je lis et j'écoute des choses sur eux...
Pour Alexandre Le Grand, mon opinion est tombée quand je l'ai vu dépeind comme un gamin capricieux, du moins c'est ainsi que je l'ai perçu dans le film et comme les historiens ont dit que le film collait assez bien à la réalité, mon estime en a pris un coup, mais il est vrai que justement on n'en disait que du bien... ouais, bof, un gars qui envoi mourir des milliers de soldats juste pour agrandir son empire... avec un peu de réflexion, j'aurais depuis longtemps réagit et pensé que "bof le grand !".
Pour Bonaparte, je ne me suis jamais posée de questions, pas eu besoin de voir quoique ce soit, j'ai toujours pensé qu'il était plutôt un tyran qu'autre chose, ne rêvant que de conquêted. On a eu beau essayer de m'expliquer que ce n'était pas le cas, je n'ai jamais réussi à démordre de mon opinion. La phrase donnée par Hélène me fait penser que je ne suis pas la seule à voir les choses de cette manière.

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MessageSujet: Re: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Mar 5 Jan - 0:06

Bonaparte a, à mon avis, commencé par être du côté des sauveurs de la République en chassant les Anglais de Toulon.

Ensuite il s'est fait proclamer empereur, a mené des guerres d'abord défensives puis offensives, ce qui l'a perdu. Après Austerlitz, il fallait faire demi-tour.

Il y a une saga de Max Gallo sur Napoléon qui est passionnante et une de Valerio Manfredi sur Alexandre qui l'est tout autant. Des régals à lire si du moins le pluriel de régal est bien régals.
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Mar 5 Jan - 6:28

Forcémement, même si j'aime bien ce que fait Max Gallo, je ne suis pas trop attiré par ce truc sur Bonaparte, même l'idée de mieux le connaître ne me tente pas, j'suis vraiment allergique.
Celle de Manfredi, je connais, je l'ai sans doute même déjà lu...

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MessageSujet: Re: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Mar 5 Jan - 10:37

Je pense à cette émission d'Apostrophes dont j'ai oublié la date, dans les années 85 ou 86 ou 87, au cours de laquelle Bernard Pivot recevait Etiemble, professeur de littérature comparée, auteur d'essais, de pamphlets, parlant une quinzaine de langues et réputé pour sa connaissance de la Chine. Bernard Pivot lui demandait pourquoi il avait été maoïste avant tout le monde et pourquoi il ne l'était plus quand tout le monde l'était ou l'avait été dans les années 68, 70 et suivantes.
Etiemble a formulé cette réponse très simple : au début il a été un libérateur mais il a été corrompu par le pouvoir et est devenu un tyran car le pouvoir corrompt.
Suggestion ; faire un bouquin sur ceux qui ont résisté à la corruption.
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MessageSujet: Re: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Mar 5 Jan - 11:48

Y'en aura-t-il assez pour remplir tout un bouquin ?
Je sais, c'est une question qui fait pessimiste, mais quand on y regarde bien...

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MessageSujet: Re: Histoire d'un paysan, d'Erckmann et Chatrian.   Mar 5 Jan - 16:45

Je regardais hier un DVD d'entretiens avec Claude Lévi-Strauss avouant son pessimisme à l'encontre de son époque détruisant les richesses de nature et anéantissant des peuples pas si primitifs que ça. Il considérait le pessimisme comme une prise de conscience du danger ce qui suppose une dose d'optimisme.
On ne parle pas assez des gens honnêtes, intelligents et dévoués qui construisent quelquechose et font avancer l'humanité en travaillant dans l'ombre sans rechercher la célébrité ou la médiatisation qui les dérange car ils ont flairé le piège.
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