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 Laurent Gaudé

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coline

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MessageSujet: Laurent Gaudé   Jeu 25 Jan - 21:59

ELDORADO

Depuis le mois d’octobre ce livre m’attendait…Je faisais toujours passer un autre, puis un autre avant…
Pourquoi ?
Peut-être la peur d’être déçue après avoir été enthousiasmée par Le roi Tsongor, Le soleil des Scorta et les pièces de théâtre de Laurent Gaudé, notamment Les sacrifiées.
Peut-être aussi à cause de quelques réserves émises çà et là par les critiques…J’avais lu « trop superficiel », « pas assez travaillée l’écriture », « le sujet méritait mieux que ça »…

Comme quoi rien ne vaut une estimation personnelle en matière de lecture…J’ai a-do-ré ce roman !
Son sujet : l’émigration clandestine en Europe.

« Pour la mafia des pouilles, en Italie, l’argent généré par le trafic d’immigrés est devenu supérieur à l’argent généré pas le trafic de drogue. » dit Laurent Gaudé dans une interview.

Puis :
« J’ai été un peu rattrapé par cette réalité-là, les images de l’assaut des barbelés des enclaves espagnoles au Maroc, les images d’émigrants africains tentant de passer à Ceuta et Melilla »

Voilà l’actualité brûlante qui a inspiré ce roman humaniste et bouleversant. Bouleversant à faire pleurer d’émotion tant les situations sont cruelles. Et tant certains hommes qui les vivent, à la limite de devenir des bêtes pour sauver leur peau ou appliquer les lois, ont en eux au dernier moment de magnifiques sursauts d’humanité.
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coline

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MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Jeu 25 Jan - 22:01

Eldorado

L’action d''Eldorado' se déroule entre le Moyen-Orient, l’Italie et l’Afrique. C’est le récit des destins croisés d'un commandant et d'un candidat à l'émigration.

Le commandant Salvatore Piracci est un gardien des frontières. Patrouillant au large de la Sicile, il tente d’endiguer depuis plus de vingt ans, aux commandes de son navire, le Vittoria, le flot des émigrants qui tentent d’aborder les côtes européennes.
Un jour, une femme qu'il avait sauvée vient lui demander, avant de repartir au Proche-Orient, de lui donner une arme. Une arme pour se venger des passeurs qui l'avaient abandonnée en pleine mer où elle a perdu son enfant.
Ecoutant son récit, Salvatore Piracci a une prise de conscience :

«Je me dis que je ne suis que la malchance, le visage laid de la malchance. Ceux que j'attrape ne sont qu'une infime partie de ceux qui tentent la traversée [...] Depuis près de vingt ans, je promène ma silhouette sur la mer et je suis le mauvais œil qui traque les désespérés

Ses dernières interventions lui semblent au-dessus de ses forces .

Extrait :

« Ils finirent par apercevoir les embarcations. A deux cents mètres. A peine. Ballottées par les flots.
- Combien ? demanda le commandant.
- Deux, répondit Gianni.
- Deux, çà ne suffit pas, maugréa le commandant à part soi.
Le surgissement de nulle part de la frégate fut accueilli par des hurlements de joie dans les deux canots. « C’est bon signe », pensa le commandant. Il savait que les hommes véritablement épuisés, ceux qui ont vu mourir leur voisin ou qui se battent contre la faim, ne crient pas.
Gianni jeta une échelle de corde et l’opération de montée à bord put commencer. Il n’y avait manifestement pas ni blessés ni personne dont l’état empêchait le transport. Cela allait être simple et rapide. Le commandant resta sur le pont et observa les silhouettes qui, les unes après les autres, s’extrayaient de leur canot et s’agrippaient avec rage à l’échelle qui allait les sauver. Pour un instant encore, il était en train de sauver des vies. De soustraire des êtres à l’engloutissement. Pour un instant encore, il n’y avait que cela. Dès qu’ils auraient tous pris pied à bord, il allait devoir redevenir le commandant italien d’un navire d’interception. Il aurait voulu que cet instant s’étire éternellement, que ce soit cela son métier : une quête dans la nuit à la recherche d’embarcations perdues. Un combat entre lui et la mer. Rien d’autre. Reprendre les hommes à la mort. Les extirper de la gueule de l’océan. Le reste, tout le reste, les procédures d’arrestation, les centres de détention, les tampons sur les papiers, tout cela, à cet instant, était dérisoire et laid. »'


Le commandant Piracci abandonnera sa fonction pour entreprendre un voyage vers le sud. Il veut remonter le chemin des immigrants.
Il va croiser Soleiman, candidat soudanais à l’émigration, sur un marché à Ghardaïa en Algérie.
Soleiman, que son frère Jamal a accompagné jusqu’à la première frontière. Soleiman, si jeune et longtemps si seul pour accomplir un terrible voyage initiatique.
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coline

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MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Jeu 25 Jan - 22:04

« Le soleil des Scorta » est celui de la région des Pouilles en Italie (le pays de Gelsomina avant qu’elle ne prenne La Strada avec Zampano !). Un soleil écrasant plus précisément le village aux terres arides de Montepuccio. C’est là que vivent les Scorta.

L'histoire de la famille Scorta se déroule sur un siècle (1870 à nos jours).
Parce qu'un viol a fondé leur lignée, ils sont nés dans l'opprobre. Une famille de "pouilleux" qui peu à peu, sur quatre générations, parvient à subsister, à planter ses racines , à saisir sa chance, à transmettre ses valeurs ,à s'accorder aux beautés de sa terre natale.

Ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, leur richesse c’est une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie.

Mais le sang des Scorta transmet, de père en fils, l'orgueil, la fierté, la démence et la rage de vivre de ceux qui, seuls, défient un destin retors . Un destin qui génère une solidarité familiale devant les difficultés. Quel que soit le métier (tenancier d’un modeste bureau de tabac ou contrebandier, travailleur des champs ou pêcheur), les modes d’existence des personnages, rien n’altère jamais ce sentiment très fort d’appartenir à un clan où chacun, enserré dans la chaleur des siens, « le soleil des Scorta », doit « faire de son mieux, puis passer le relais et laisser sa place. »

"Nous avons fait de l'huile avec des cailloux", "C'est de l'or, disait l'oncle. Ceux qui disent que nous sommes pauvres n'ont jamais mangé un bout de pain baigné de l'huile de chez nous. C'est comme de croquer dans les collines d'ici. Ca sent la pierre et le soleil. Elle scintille. Elle est belle, épaisse, onctueuse. L'huile d'olive, c'est le sang de notre terre."

ou encore
"Regarde la sècheresse de cette terre tout autour de nous, et savoure la richesse de cette huile. Entre les deux, il y a le travail des hommes. Et elle sent aussi cela, notre huile. La sueur de notre peuple. Les mains calleuses des femmes qui ont fait la cueillette. Oui. Et c'est noble. C'est pour cela qu'elle est bonne."

Il y a aussi les secrets. Comme ceux que la vieille Carmela confie à son contemporain, l'ancien curé de Montepuccio, avant que les mots ne viennent à lui manquer.

Roman profondément humaniste que ce dernier livre de Laurent Gaudé récompensé par le Prix Goncourt.
Réflexion sur la vie, sur les vies qui se succèdent de génération en génération. Est-ce que notre destin est marqué d'avance ? Suit-il un chemin tout tracé ? Est-ce que notre vie fait partie intégrante d'autres vies ? Est-ce que tout cela est écrit et que nous n'y pouvons rien ?
Roman de la haine, de la violence, de la misère mais aussi message d'espoir, d'amour, de foi en l'homme.
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Ven 26 Jan - 7:07

Le roi Tsongor, sauf erreur de ma part, je l'ai lu... Si c'est bien celui que je pense, j'avais bien aimé.

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MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Ven 26 Jan - 14:57

Il n'y a sans doute, Marie Ange, qu'un seul livre qui parle du Roi Tsongor...Pas de doute, c'est celui que tu as lu...Voici, pour mémoire...

La mort du roi Tsongor raconte le drame d’un royaume qui se déchire au coeur de l’Afrique ancestrale , une Afrique lointaine, imaginaire.

Il y a longtemps, Tsongor est parti de son royaume pour tout conquérir. Vingt ans de luttes et d'expansions, jusqu'au jour où il parvint au pays des rampants, ces êtres isolés en hameaux, maigres, raides comme des piquets, qu'il anéantit comme ses précédents adversaires. Tous sauf un : Katabolonga qui s'est fait la promesse d'être maître de la mort du roi Tsongor. Devenu porteur du tabouret d'or sur lequel trône le souverain, il est à la fois serviteur et veilleur de Tsongor, avec cette promesse suspendue comme une épée au-dessus de la tête de son maître.
Ayant retrouvé la paix, ils vivent à Massaba.

Or, "Depuis plusieurs semaines, Massaba était devenue le cœur anxieux d’une activité de fourmis. Le roi Tsongor allait marier sa fille (Samilia) avec le prince des terres du sel (Kouame). Des caravanes entières venaient des contrées les plus éloignées pour apporter épices, bétail et tissus. (...) Depuis des semaines, chaque habitant de Massaba, chaque nomade avait déposé, sur la place principale, son offrande à la future mariée. C’était un gigantesque amas de fleurs, d’amulettes, de sacs de céréales et de jarres de vin. C’était une montagne de tissus et de statues sacrées. Chacun voulait offrir à la fille du roi Tsongor un gage d’admiration et une prière de bénédiction".

Cet événement est censé être l'apothéose d'une vie tout entière consacrée à la guerre.
«Il n'avait travaillé qu'à cela. Donner à sa fille un homme et unir pour la première fois son empire à un autre autrement que par la guerre et la conquête

C’est sans compter avec un autre prétendant à laquelle Samilia s’est promise quand elle était enfant, Sango Kérim.
Le roi ne peut choisir. Plutôt que de voir la guerre ruiner son splendide royaume, il préfère s’éteindre sous les yeux de Katabolonga, l’ami fidèle, l’unique survivant d’une tribu battue par Tsongor dans ses jeunes années, celui qui aida le roi de guerre à devenir un roi de paix.

" Je sens le souffle violent de la guerre dans mon dos. Elle est là, oui. Je la sens qui fond sur moi et je ne sais pas trouver le moyen de la chasser. " « Dis-leur que je suis mort parce que je n’ai pas voulu choisir entre eux. Dis-leur que ce mariage est maudit parce qu’il a fait couler mon sang et qu’il faut y renoncer. Que Samilia reste vierge encore un temps. Puis qu’elle se marie avec un troisième homme. Un homme humble de Massaba. (…) Qu’ils repartent l’un et l’autre d’où ils viennent et choisissent une autre vie à mener. "


S’agit-il d’une fable disant l’histoire d’une Afrique au passé glorieux, minée et presque anéantie par les guerres ethniques fratricides ?

Les personnages semblent sortis d’un conte africain (des mangeurs de khat déciment leurs ennemis dans le délire causé par leur drogue ; des chiennes de guerres, hommes travestis en femmes, humilient leurs ennemis en murmurant à leur oreille "je suis une femme et je te tue" tandis que des amazones providentielles chevauchent des zébus.
Mais on fait aussi le lien avec l’Antiquité. Samilia est à Massaba ce que la belle Hélène fut à Troie.Le personnage de Tsongor qui ne veut trouver le repos et accomplir le passage vers l’au-delà avant que son jeune fils ne soit revenu a d’étranges résonances égyptiennes

Et le roman déroule un récit mythique aux couleurs bariolées.

Extrait :
« [i]Les hommes d’Arkalas, tout peignés et apprêtés, se jetaient les uns sur les autres et se mordaient la chair jusqu’à la mort. Ils riaient de démence en se tuant. Dansaient parfois sur le corps de leur ami d’enfance. Et Arkalas lui-même, comme un ogre fou, cherchait des yeux partout quelqu’un de son clan pour lui ouvrir les flancs et boire son sang ».

Ce qui se dégage de ce roman c’est sa force, son exotisme . L’écriture simple et dépouillée de Laurent Gaudé est une langue poétique, envoûtante.
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: Laurent Gaudé   Ven 26 Jan - 15:56

Oui c'est bien celui-là même.

Je me souviens de cette impression d'être dans un pays imaginaire inspiré de l'Afrique, avec les "hommes peints en bleus". Cette lecture m'avait rappelé Candide, va savoir pourquoi, sans doute le voyage initiatique du fils de Tsongor.
C'est une des premières lectures que j'ai faite dans le cadre du comité de lecture auquel je participe, et donc une de mes premières présentation devant ce comité... ça ne date pas d'hier, un bon 4 ans au moins.

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