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  Testament du curé Meslier.

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Charpentier Hélène



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Date d'inscription : 28/01/2008

MessageSujet: Testament du curé Meslier.   Mar 17 Jan - 19:42



Conférence donnée par Marc Genin.

marc Genin a exercé de multiples activités dans les Ardennes : instituteur en classe unique, Directeur-adjoint de la MGEN de Charleville-Mézières, responsable d’un jumelage France-RDA et membre actif de la Société d’Etudes Ardennaises qui a publié en 2011 le numéro 19 de ses Cahiers à Jean Meslier (1664-1729) curé d’Etrépigny,athée et révolutionnaire.

Il a exposé avec rigueur et clarté les différents aspects de l’homme et de son œuvre, laquelle constitue une étape dans l’histoire de la pensée. Après avoir évoqué rapidement le milieu familial et la carrière de Jean Meslier, le conférencier a détaillé la destinée de son œuvre. Il a rappelé ensuite le contexte historique marqué par les guerres successives liées aux pillages, les mauvaises récoltes engendrant la misère et marqué également par la contestation janséniste. Il a enfin exposé la structure du Testament, composé d’un Avant-propos, de trois parties inégales (une partie critiquant la religion, une partie sociale plus constructive et une partie philosophique) et d’une conclusion reprenant tout ce qui précède. Les questions du public attentif ont complété cette conférence. Peut-on inscrire la pensée de Meslier dans le courant libertin du 17° siècle ? Possède-t-on un inventaire de sa bibliothèque ? Pourquoi est-il resté sur sa cure ? Voici le résumé de la conférence rédigé par Marc Genin lui-même.

Jean Meslier,curé d’Etrépigny de 1689 à 1729, athée et révolutionnaire.


Jean Meslier, né à Marzeny en 1664, se laisse facilement conduire vers la carrière ecclésiastique par ses parents qui veulent lui assurer une vie plus facile. Après des études au séminaire de Reims, il devient à 25 ans, curé d’Etrépigny et de Balaives ; il le restera jusqu’à sa mort 40 ans plus tard en 1729.

Après un conflit avec le seigneur du lieu, sanctionné par son archevêque, il est enfermé un mois au séminaire de Reims. Sans doute est-ce à partir de là qu’il met en chantier son Mémoire. Le jour, il exerce comme prêtre et, la nuit, il rédige le Testament qu’il entend laisser à ses paroissiens et à l’humanité en général, une œuvre de 1200 pages où il s’acharne à détruire la religion parce qu’elle constitue le principal soutien de l’Ancien Régime, source de tant d’injustices, et jette les bases d’une société égalitaire où tous les biens seraient exploités en commun sous la direction des plus sages. Il appelle, pour cela, à la révolution. Il s’attache aussi à démontrer que Dieu n’est pour rien dans la création du monde, que c’est la matière qui construit toute chose et que l’immortalité de l’âme est une tromperie. Il est donc athée, communiste, matérialiste et révolutionnaire, apparaissant dès lors, comme un précurseur, et lequel ! puisqu’il dépasse, par l’amplitude de sa théorie, tous les penseurs des Lumières réunis.

Il a lu les philosophes Grecs et Latins, la Bible et les Évangiles, les auteurs de 16° et 17° siècles : Montaigne ; Descartes, Fénelon… Il construit une œuvre structurée autour d’une centaine de chapitres dans lesquels il démontre méthodiquement les arguments qu’il avance, le tout dans un style oral, comme s’il s’agissait de sermons, où l’on rencontre tout à la fois, des formulations truculentes et des analyses philosophiques complexes. L’œuvre est tellement vivante, chargée de colère, de passion, et d’espoir que le conférencier opte pour une présentation à partir de phrases extraites du texte même écrit par Meslier. C’est sous cette forme qu’il évoque les passages essentiels des huit preuves :

- la religion, une invention humaine,

- la dénonciation de l’alliance du trône et de l’autel,

- la révolte par rapport à tant d’injustices,

- l’imposture que constituent les écritures saintes, les Évangiles ou encore les miracles,

- la fausseté des promesses de l’Ancien et du Nouveau Testament,

- les interprétations allégoriques des écritures saintes qui sont destinées à couvrir l’imposture et n’ont pas plus de valeur que celles que l’on pourrait imaginer à partir des aventures de Don Quichotte,

- la dénonciation des erreurs de la doctrine chrétienne, qu’il s’agisse de la question de la Trinité, de la personne de Jésus Christ, de l’adoration des Dieux de pâte de farine, ou encore d’un au-delà qui n’est qu’imaginaire,

- l’abus des rois qui ne cherchent qu’à épuiser les peuples pour les rendre plus soumis,

- la dénonciation de tous les inutiles qui vivent au crochet du peuple : noblesse, clergé, gens de justice, percepteurs d’impôts et autres gens de guerre,

- les bienfaits de la possession commune,

- la nature qui procède de la matière sans aucune intervention de type divin,

- la dénonciation de la théorie des cartésiens par rapport à l’immortalité de l’âme,

- la constatation de la nécessité inévitable du mal, comme la mort ou la maladie, qui permet de maintenir les équilibres sur la terre,

- l’appel à la révolution : « Que tous les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec des boyaux de prêtres ».

L’œuvre de Jean Meslier s’est répandue à la fois très vite et très mal
:

-Dès 5 ou 6 ans après sa mort, des copies manuscrites du Mémoire, complètes ou abrégées, circulent dans les milieux aisés, par l’intermédiaire de colporteurs ;

- En 1762, Voltaire fait imprimer ce qu’on appelle l’Extrait : un document d’une cinquantaine de pages qui, certes, popularise Meslier, mais surtout le trahit puisque Voltaire, d’une part enlève toute la partie sociale et philosophique qui ne lui convient pas et, d’autre part prête à Meslier des paroles de repentir totalement inventées ;

- Pendant la Révolution, subit un autre travestissement puisque Le Bon sens d’Holbach est publié sous son nom ;

- C’est seulement en 1864 qu’un libraire néerlandais, militant actif du rationalisme et de la Franc-Maçonnerie, publie une édition intégrale de l’œuvre, mais à partir d’une copie de seconde main qui fourmille d’erreurs ;

- Il faut attendre les années 1970 pour que Roland Desné coordonne une édition parfaitement fidèle aux trois copies originales de la main de Meslier, détenues à la Bibliothèque nationale de France

Le conférencier conclut en affirmant que Jean Meslier est un précurseur qui a devancé son temps et que l’on pourrait l’imaginer, plutôt, comme socialiste et franc-maçon sous la III° République.

A consulter : Jean Meslier. Curé d’Etrépigny. Athée et révolutionnaire.

Yvon Ancelin, Serge Deruette, Marc Genin. Préface de Roland Desné.

Les Cahiers d’Etudes Ardennaises. N° 19
. Archives départementales de Charleville-Mézières. 277 pages. Nombreuses illustrations. Et photographies. 34 euros.

Il existe un film d’Alain Dhouailly d’une durée de 55 mn tourné dans les Ardennes en juillet 2007.

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