Un p'tit coin tranquil'

S'amuser, s'informer, échanger, se détendre, sont les maître-mots en ces lieux
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 L'éducation selon Rousseau. Conférence très claire.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Charpentier Hélène



Féminin
Nombre de messages : 5720
Age : 71
Date d'inscription : 28/01/2008

MessageSujet: L'éducation selon Rousseau. Conférence très claire.   Mar 20 Mar - 16:53

Conférence donnée le mardi 13 mars 2012 par Marie-Claude Bouzin, professeur honoraire de lettres, au lycée Gustave Eiffel de Reims.

Marie- Claude Bouzin précise en avant- propos que cette conférence est donnée dans le cadre de l’année Rousseau, né en 1712 à Genève et dont on célèbre le tricentenaire de la naissance. La conférencière présente trois ouvrages consultés pour la préparation de son propos :
- Emile ou De l’Education de Jean-Jacques Rousseau chez Garnier-Flammarion, réédité,
- Histoire de l’éducation par Jean Vial dans la collection Que sais-je ?, réédité,
- Rousseau en son temps par Monique et Bernard Cotteret, chez Perrin en 2005.

L’éducation au XVIII° siècle.

La France de cette époque compte un grand nombre d’illettrés. Les écoles primaires gratuites de paroisse relèvent d’initiatives charitables initiées en particulier par Les Frères des écoles. Les écoles secondaires dispensent un enseignement consacré essentiellement à l’Antiquité et les cours sont donnés en latin. Les sciences et la littérature française ne figurent pas au programme. L’art de parler l’emporte sur celui de penser comme l’observe Diderot. L’époque manifeste une certaine méfiance à l’égard de la nature féminine. En conséquence, l’éducation des filles est envisagée selon un point de vue religieux.

Les contradictions propres à Rousseau.

Jean- Jacques Rousseau constitue un cas d’autant plus particulier qu’il a été confronté à deux problèmes personnels en matière d’éducation : il est autodidacte et il a choisi d’abandonner ses enfants aux Enfants trouvés.
- Orphelin de mère, son père ne s’est pas vraiment soucié de son éducation. Rousseau l’écrivain a dû travailler dès l’enfance, et s’instruire par lui-même en particulier chez sa protectrice Madame de Warrens. Néanmoins son expérience du travail manuel nourrira sa réflexion sur l’éducation.
- L’abandon de ses enfants lui a souvent été reproché. D’une nature timide, Rousseau s’est attaché à une modeste servante d’auberge, Thérèse Levasseur, dévouée mais ignorante. Les maigres revenus du couple ne leur permettant pas d’élever décemment une nombreuse famille, l’abandon aux Enfants trouvés fut la solution retenue. Précisons qu’au XVIII° siècle, la misère représente la raison de l’abandon pour un tiers des enfants abandonnés. Par ailleurs, Rousseau ne voulait pas que ses enfants subissent l’influence peu recommandable de la famille Levasseur. Il a exprimé sa souffrance et son remords dans une lettre à madame de Francueil et dans Les Confessions. Il a recherché sans succès, l’aîné de ses enfants.

Emile ou De l’Education.

L’ouvrage est publié en 1762. Hébergé chez le maréchal de Luxembourg au château de Montmorency depuis 1759, Rousseau traverse une période féconde puisqu’il travaille au Contrat social, à La Nouvelle Héloïse, et à l’Emile.

Un chapitre du livre quatrième, consacré à l’éducation religieuse et intitulé Profession de foi du vicaire savoyard, attire de graves ennuis à son auteur. Le Contrat social et Emile sont dénoncés à la Sorbonne et le Parlement condamne les ouvrages à être brûlés et l’auteur à être arrêté. Rousseau se réfugie en Suisse mais Genève prononce la même condamnation et Rousseau doit fuir sur les terres du roi de Prusse à Neufchâtel. Il convient de s’interroger sur les raisons de ces condamnations successives.

Emile s’inscrit dans le cadre d’une ambition philosophique contestée par les autorités en place. L’homme est naturellement bon mais il est corrompu par la civilisation. Tel est le postulat de départ. La pédagogie de Rousseau est rattachée à cette philosophie mais il n’a jamais prôné le retour à l’état de nature car le but poursuivi consiste à former un citoyen afin de transformer la société. Pour transformer la société, il faut agir sur l’enfant donc sur l’éducation.

La première partie du titre, Emile, évoque un roman mais la seconde partie De l’Education annonce qu’il s’agit d’un essai. Dès la préface, Rousseau insiste sur la spécificité de l’enfant, considéré jusque-là comme une grande personne en réduction. L’enfant doit être traité en enfant.

Composition et contenu.

L’ouvrage se compose de 5 livres. Il est précisé au début qu’il faut un gouverneur car il s’agit de conduire plutôt qu’instruire, de la naissance au mariage. Emile, élève fictif, sera un élève appartenant à un milieu social aisé et devra jouir d’une bonne santé.

Le livre 1, étudie l’enfant de la naissance jusque l’âge de 5 ans. A l’époque, un enfant sur deux meurt avant l’âge adulte. Rousseau insiste sur l’hygiène, le bain, l’allaitement maternel ou à défaut le choix d’une bonne nourrice, et sur l’épanouissement physique. L’enfant doit découvrir le monde par les sens.

Le livre 2 envisage l’enfant de 5 à 12 ans. Plutôt que de commencer par la fin, c’est à dire la raison, Il vaut mieux partir de l’expérience pour en tirer des notions plus abstraites comme la justice par exemple. Rousseau illustre sa démonstration par des anecdotes. Emile n’apprend pas le grec, ni le latin, ni l’histoire-géographie. Le par cœur est proscrit ainsi que les fables de La Fontaine. Emile apprend à lire mais il n’a pas de livres. Il faut donner à l’enfant le désir d’apprendre.

Le livre 3 aborde la période allant de 12 à 15 ans. Le premier livre qu’Emile aura entre les mains sera Robinson Crusoë car il n’y a point d’autre livre que le monde, les faits et l’observation de la nature. Ainsi on donne à Emile une leçon de cosmographie tout en dialoguant. La vie sociale se prépare en apprenant un métier manuel et ce métier doit être présenté comme nécessaire. Tel est le point de vue des encyclopédistes. Tout citoyen oisif est un fripon. L’artisan est proche de la nature. Il est plus important d’être artisan que de ne rien faire dans les salons.

Le livre 4
est consacré à l’adolescence, à la puberté et à la sexualité à guider selon la nature. Rousseau se réfère à Plutarque. A cet âge, les fables de La Fontaine sont permises. Emile effectue un séjour à Paris pour apprendre à résister à la mauvaise influence de la vanité. Il doit « survivre » à la ville. L’éducation religieuse vient tardivement. Elle est développée dans le chapitre de la Profession de foi du vicaire savoyard qui a été édité à part et condamné par l’Eglise et le Parlement. Il s’agit d’une religion naturelle et sans dogme qui fait appel à la conscience.

Le livre 5 envisage l’éducation féminine. La compagne d’Emile porte le prénom symbolique de Sophie. L’homme et la femme sont égaux comme êtres humains mais la primauté est accordée au mari. Les femmes sont dépendantes et obéissantes. Il leur est demandé de plaire.

Conclusion. Même s’il a été influencé par Montaigne et Locke, Rousseau innove sur de nombreux points. Il se réfère à une pratique aristocratique. Tout est planifié.La relation gouverneur / gouverné est artificielle. Le découpage en tranches d’âge est discutable dans la mesure où la raison et la sensibilité évoluent ensemble. Néanmoins, Rousseau a mis en lumière la spécificité de l’enfance, souligné l’importance de l’observation par rapport à un enseignement trop livresque. Il a établi le lien entre pédagogie et morale et ouvert les portes de la pédagogie active. N’oublions pas que l’Emile ou De l’Education, particulièrement bien écrit, se lit comme un roman.
Compte-rendu d’Hélène charpentier.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
L'éducation selon Rousseau. Conférence très claire.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Caisse claire de défilé avec charley
» Octobre sera très Maiden (Paul & Blaze)
» Slapp Happy, the Douanier Rousseau sound
» Jean Jacques Rousseau
» Qui, selon vous, a révolutionné la musique du XX siècle?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Un p'tit coin tranquil' :: Le coin des loisirs :: La bibliothèque-
Sauter vers: