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 Marchands de participes d'Yves Sandre.

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Charpentier Hélène



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Date d'inscription : 28/01/2008

MessageSujet: Marchands de participes d'Yves Sandre.   Lun 30 Sep - 16:49

Marchands de participes.

Roman d’Yves Sandre publié aux éditions du Seuil en 1962. 255 pages.
Yves Sandre est né en 1913 à Epinac-les- Mines en 1913 en Saône et Loire de parents instituteurs. Professeur de lettres à Vitry le François de 1936 à 1957, puis maître de conférences, il est l’auteur de recueils de poèmes, d’essais satiriques, d’une pièce radiophonique et de plusieurs romans dont certains pour la jeunesse.
Le titre est explicité par l’un des personnages du roman, Jacques Ranson, à la page 29. Ancien séminariste, ayant renoncé à la prêtrise dans la tourmente révolutionnaire, puis échoué dans le commerce d’une quincaillerie à Gênes et ne parvenant à rouvrir une boutique dans la région de Briançon où son épouse dirige une exploitation, il décide de devenir instituteur pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Le ministre de l’Instruction publique, François Guizot, a en effet réussi à faire voter le 28 juin 1833 un projet de loi prévoyant une école et une salle d’asile par commune de plus de 500 habitants. L’année suivante Jacques Ranson, déclare : «  Puisque je ne peux plus être marchands de casseroles, je serai marchand de participes. (…) Je vendrai des participes, reprit son mari avec exaltation. Et des règles de calcul aussi, et du chant, et de l’Histoire Sainte. Bref, tout ce qu’il faut à un homme pour être honnête. Demain, je me mettrai en quête d’un local ; puis je demanderai au menuisier Pillot de me fabriquer quelques tables et quelques bancs. Je descendrai à Briançon acheter les livres et cahiers nécessaires. Chaque élève me donnera quinze francs pour l’année. Ainsi je contribuerai au budget de la famille et notre fils Jean-Baptiste aura un bon instituteur. »

Ce roman s’appuie sur 3000 pages de mémoires des ancêtres de l’auteur  dont l’historienne Mona Ozouf  donne de larges extraits précédés d’une présentation judicieuse dans La classe ininterrompue. Cahiers de la famille Sandre 1780-1960. Hachette littérature 1979.
L'ouvrage de Mona Ouzouf et le roman d'Yves Sandre s'éclairent réciproquement.

L’action de Marchands de participes se déroule essentiellement au XIX° au fil des différents régimes politiques - Royauté, Seconde République, Second Empire et Troisième République – en passant par différentes réformes de Victor Duruy à Jules Ferry. Le lecteur découvre l’évolution du métier d’instituteur  en milieu rural et dans des conditions matérielles rudimentaires. La première salle de classe est l’étable familiale où il fait moins froid mais où l’humidité ambiante détrempe le papier et l’encre des cahiers. L’école est d’abord ouverte de la Toussaint à fin avril quand les travaux des champs nécessitent de la main d’œuvre. La maison école n’est pas toujours un lieu accueillant et accessible surtout quand un orage entraîne le délabrement du toit et qu’un conseiller général bloque le dossier de la construction d’une école neuve tant qu’un chemin conduisant à son imposante demeure n’aura pas été mis en état. Le logement de l’instituteur se réduit à deux ou trois pièces quelle que soit le nombre d’enfants mais la présence d’un jardin est néanmoins appréciée. « L’école communale, située à cent mètres de là, était vaste mais délabrée. Les murs éclataient en lézardes noires, les plafonds suaient le moisi ; on pouvait faire la classe au premier étage en des salles hautes à peine de deux mètres mais le rez- de- chaussée était inhabitable. » La nature est largement présente qu’il s’agisse des paysages des Hautes Alpes ou de ceux de la Saône et Loire. Hostile ou apaisante, il faut composer avec les saisons quand les écoliers affrontent la neige.
«  L’hiver fut rude. Comme la couche de neige dépassait un mètre, les enfants, pour faire leurs trois kilomètres, adoptèrent la formation des oiseaux migrateurs : le premier de la file frayait le chemin dans une matière éblouissante et crissante ; ses forces épuisées, il cédait la place à son suivant. »
Inversement, elle peut se révéler bienfaisante : « A deux reprises, il aspira l’air frais qui, parti de la Loire, se chargeait des senteurs plantureuses ramassées au flan des collines. Malgré sa fatigue, l’instituteur se sentit soudain d’aplomb, harmonieux, enraciné dans cette terre parée de fruits et de brouillards subtils. »

 Le déroulement au quotidien de l’existence des deux personnages principaux, Jean-Baptiste et Joseph Ranson constitue le fil conducteur du roman. Yves Sandre a modifié le patronyme de ses ancêtres mais a conservé les prénoms. L’un et l’autre doivent affronter les impératifs du corps, les heurts avec les proches, les affronts des nantis, les préjugés divers et les événements politiques.
 Jean-Baptiste Ranson, fils de Jacques Ranson doit surmonter de nombreuses épreuves. Il perd 5 de ses 8 enfants. Parmi les survivants, une fille demeure handicapée, un fils devient instituteur et l’autre doué pour la musique devient prêtre. Après avoir débuté comme instituteur dans l’étable familiale, il est nommé en Saône et Loire et exercera dans plusieurs communes de son département. Passionné par son métier, et malgré des classes aux effectifs très chargés allant parfois jusqu’à 90 élèves, il met au point un livret scolaire mesurant les progrès des élèves, et rédige un mémoire sur l’organisation de l’enseignement primaire en tenant compte du contexte économique et social qui inspirera plus tard les réformateurs. Il n’imagine pas une école où l’éducation religieuse serait absente. «  L’école obligatoire et gratuite, je suis d’accord, finit-il par dire à Joseph, en lissant sa barbe blanche, qui se projetait en éventail. L’école laïque, jamais. Où allons-nous si Dieu déserte l’école ? (…) Pour moi, dit le vieil instituteur en frappant sur la table, l’âme compte plus que la science. » Jean-Baptiste, estime que le peuple français ne mérite pas encore la république et espère le retour de la royauté avec Henri V, duc de Chambord.                                                                                               Joseph Ranson, fils de Jean- Baptiste, demeuré catholique pratiquant, n’y croit pas  et, bien que très attaché à son père, se range à l’avis de son ami républicain Pierre Michelot qui estime que cet enseignement doit être assuré par les curés. « Joseph ne répondit pas, fit un effort pour comprendre son père, durci par les deuils et les vexations, que seule sa foi vivifiait encore comme une source fraîche. Au- devant de quelles déceptions nouvelles n’allait-il pas, à cause de son intransigeance ? »    
Les personnages secondaires sont multiples : épouses dévouées et complices, jalouses parfois, frères et sœurs, supérieurs hiérarchiques, hommes politiques influencés par la conjointe pour rendre la vie impossible à l’instituteur et le contraindre à une mutation sans se soucier des obligations familiales, sans oublier les enfants. Ils s’affrontent ou se soutiennent selon les événements. Par exemple Joseph exprime son enthousiasme envers les idées de Jean Macé et les projets de loi de Jules Ferry reconnaissant le métier à sa juste valeur. L’instituteur gagnera sa vie décemment pour faire vivre les siens et exprime son espoir  en des jours meilleurs avec enthousiasme : « Alors, s’écria-t-il avec gaité, est-ce qu’on n’est pas bien chez soi ?... un bon père, de beaux enfants, de quoi manger, une belle maison d’école…où l’on va aménager un logement pour mon adjoint… Tu te rends compte, papa ?...je vais avoir un adjoint ... cinquante élèves au lieu de cent… »  Cependant, quand il apprend que son père est  durement rappelé à l’ordre et mis d’office à la retraite parce qu’il persiste à s’inspirer de l’Evangile et des cantiques pour ses dictées au lieu de faire étudier  Hugo, Balzac ou Michelet comme le fait son fils, instituteur modèle, comme l'affirme l'inspecteur. Joseph est révolté et songe à démissionner, ce dont son père le dissuade. Il est trop attaché à son fils, sa bru et à ses petits enfants pour les laisser s’engager vers des lendemains d’incertitude et de misère, cette misère dont il a tant souffert.

L’évolution du métier d’instituteur tout au long du XIX° siècle est un douloureux combat pour sa pleine reconnaissance dans le cadre d’une véritable laïcité qui finit par triompher.  Ce roman s’inscrit dans une fresque qui se poursuit avec Marie des autres.  Aux pages sombres et pathétiques succèdent des moments de bonheur simple et partagé sans oublier certaines scènes où se glisse un humour tendre et discret rendant les personnages encore plus attachants dans leurs imperfections profondément humaines.
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