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  Weimar et ses écrivains.

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Charpentier Hélène



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MessageSujet: Weimar et ses écrivains.   Mer 9 Avr - 8:25

Weimar et ceux qui l’ont rendue célèbre.

Conférence donnée par Jean-Marie Mailfait, professeur honoraire d’allemand,                  le 18 mars 2014 au lycée Gustave Eiffel de Reims.

En préambule, le conférencier précise la nécessité d’avoir eu à choisir quatre personnages illustres dans le domaine très riche des arts et des lettres durant la période dite classique de Weimar de 1786 à 1805, année de la mort de Schiller. En conséquence le propos se limitera à la présentation de Goethe, Schiller, Wieland et Herder. Cette période est désignée par l’expression Sturm und Drang, Tempête et Elan, mouvement artistique et idéologique désignant à la fois la prédominance du sentiment en réaction contre la raison, et le combat contre l’absolutisme. La friction entre les deux mots peut se résumer par le slogan :
                                    évolution et non révolution.                                                        
Quelques projections rappellent les données essentielles de la conférence précédente donnée le 5 avril 2012, à savoir la situation géographique centrale en Allemagne des trois villes voisines : Weimar, Erfurt et Iéna, la colline d’Ettersberg où se dresse la tour de Buchenwald, les armes de la ville et le célèbre tableau La cour des Muses de Théobald von Oer. On y voit Schiller faisant la lecture dans le parc de Tiefurt, bourg proche de Weimar et résidence d’été de la duchesse Amélie, en présence d’une assemblée où Goethe se tient au premier rang.

La duchesse Anne-Amélie de Brunswick, (1739-1807) nièce de Frédéric II de Prusse a joué un rôle déterminant dans le rayonnement culturel de la ville. Duchesse par son mariage avec Ernest, August II Constantin, duc de Saxe Weimar Eisenach, elle devient veuve deux ans plus tard et la Régence qu’elle assurera pendant 18 ans  lui est confiée malgré son jeune âge. Abandonnant la Régence, elle confie le pouvoir à son fils aîné devenu en âge de l’exercer, pour se consacrer à la vie culturelle. Elle réunit à la fois les artistes, les écrivains, les savants, les hauts fonctionnaires, les courtisans, les aristocrates et les bourgeois, le vendredi dans son palais Wittum aménagé en 1774 à cet effet. Wieland, précepteur de ses deux fils, Goethe et Herder figurent parmi les fidèles de ces rencontres. Elle a fait construire la bibliothèque qui porte son nom. Détruit par un incendie en 2004, le bâtiment a pu être reconstruit à l’identique grâce à une souscription.
Charles-August, son fils aîné (1757-1828) est marqué par ce courant libéral et humaniste. Son éducation lui permet d’affronter la gravité des événements historiques de son temps : conséquences de la Révolution française puis  l’occupation des troupes napoléoniennes. Il parvient cependant à conserver ses états. Une amitié durable et sincère le lie à Goethe, lequel s’installe à Weimar en 1775, il lui confie des fonctions importantes ce qui est loin de faire l’unanimité.

Goethe né à Francfort né 1749, sera anobli en 1802 et décédera en 1832. Il est le fils d’un conseiller impérial. Témoin de l’occupation française pendant la guerre de sept ans (1756-1763), guerre européenne opposant la France, l’Autriche, la Russie, la Saxe et l’Espagne à la Grande- Bretagne alliée à la Prusse et au Hanovre, pour des questions de succession et de rivalités coloniales. Le lieutenant français Thoranc lui apprend le français durant cette occupation. Sa jeunesse est également marquée par l’exécution d’une mère infanticide, motif que l’on retrouve dans Faust avec le personnage de Marguerite. En 1763, âgé de 14 ans, il admire le talent du jeune Mozart âgé de 7 ans. Le tremblement de terre de Lisbonne le 1ier novembre 1755 remet sa foi en question.                    Ses études de droit le conduisent à Leipzig mais il préfère les arts, la littérature et les filles. L’empreinte de cette période d’une vie dissolue épuisante est également perceptible dans Faust. Il poursuit des études de droit, de sciences et de médecine à Strasbourg dont il  admire la cathédrale,  en laquelle il croit reconnaître l’expression du génie germanique. C’est là qu’il rencontre Herder qui lui fait découvrir Shakespeare et les chants populaires. Son amour pour Frédérique Brion, fille d’un pasteur alsacien inspire sa poésie amoureuse. Malheureusement il quitte la jeune fille sans lui dire adieu et il en gardera un sentiment de culpabilité. Un stage dans un tribunal  à Wetzlar , petite ville au Nord  de Francfort , le déçoit et il renonce à une carrière dans la justice.                                                                                                                               Son amour pour une dame d’honneur de la duchesse Amélie, Charlotte von Stein, promise au maître-écuyer du duc, étant sans espoir il choisit de fuir et publie en 1774 Les souffrances du jeune Werther, faisant une large part aux éléments autobiographiques de son séjour à Wetzlar. Ce roman épistolaire illustre les aspirations du génie se heurtant aux règles de la société. Considéré comme le manifeste du Sturm und Drang, cette œuvre rencontre un succès considérable en Allemagne et dans toute l’Europe. Il entraînera une vague de suicides et inspirera ensuite écrivains et artistes.                                                                                                                               Goethe découvre l’os intermaxillaire en 1784 et s’intéresse toujours aux sciences,  à la botanique, la minéralogie et même la paléontologie mais en 1786, il traverse une crise psychologique et décide de quitter Weimar où il étouffe, pour l’Italie. Ce voyage, d’une durée de deux ans, est une révélation. Il se passionne pour l’art de l’Antiquité et de la Renaissance, intensifie ses études de la botanique et  de la minéralogie et découvre sa vocation de poète et de créateur littéraire. De retour à Weimar il décide, en dépit des critiques et du scandale, de vivre en union libre avec Christiane Vulpius, une femme du peuple qu’il  n’épousera que dix ans plus tard, ce qui scandalisa la société bienpensante de Weimar
Accompagnant Charles- August avec l’armée prussienne, il assiste à  la bataille de Valmy 20 septembre  du 1792  qui entraîne la chute de la monarchie de droit divin remplacée par la proclamation de la première république française. Il résume l’importance de l’événement par cette phrase restée célèbre : « D’ici et dès maintenant s’ouvre une nouvelle ère de l’histoire du monde et vous pouvez dire que vous y étiez. »
La rencontre avec Schiller a lieu en 1788 mais leur amitié ne se confirmera qu’au bout d’une dizaine d’années. Homme d’état, Goethe demeure surtout célèbre pour son œuvre abondante et variée composée de poésies, de romans de pièces de théâtre, dont la plus célèbre est bien sûr le « Faust » d’ouvrages scientifiques, de textes critiques sur l’art et la littérature, de comptes rendus de voyages, de discours, d’entretiens sans oublier une abondante correspondance.

Schiller (1759-1805) fils d’un médecin militaire est d’origine sociale modeste. Rétif à la discipline, il fréquente d’abord, contraint et forcé, l’école militaire de Stuttgart puis étudie le droit et la médecine, lit beaucoup, devient lui-même médecin militaire tout en travaillant à son drame Les Brigands mettant en scène  deux frères que tout oppose : Karl, sensible et exalté, décide, sous l’emprise du désespoir de fuir dans la forêt de Bohème, où il dirigera une bande de brigands au grand cœur : ils voleront aux riches pour donner aux pauvres. La publication est anonyme, Schiller craignant que l’on voie dans l’œuvre une apologie du crime. Grâce à Goethe, qui l’encourage par ailleurs à écrire des pièces de théâtre, il est nommé professeur d’histoire et de philosophie à l’Université d’Iéna. Il rédige le texte de l’Hymne à la joie qui sera repris par Beethoven dans sa neuvième symphonie. Il épouse Charlotte von Legenfeld. En raison de ses nombreux écrits contre les tyrans, la Révolution française lui accorde la nationalité française le 26 août 1792 mais il ne l’apprendra qu’en 1798. Il sera anobli en 1802, trois ans avant sa mort. Par son œuvre importante comportant des poésies, des essais, des pièces de théâtre, des ouvrages d’histoire, des traductions d’Euripide, Shakespeare et Racine et de nombreuses lettres, il occupe une place centrale dans la littérature allemande et européenne. Goethe a souhaité être enterré à ses côtés au cimetière historique de Weimar plutôt qu’aux côtés de son épouse Christiane Vulpius, décédée en 1816.

Wieland (1733-1813) fils d’un ministre protestant  à la fois poète, traducteur et éditeur d’un journal littéraire « der Teutsche Merkur », se passionna pour la Grèce antique, la littérature anglaise, les libres penseurs français des XVII° et XVIII° siècles et la théosophie, discipline l’invitant à abolir les barrières entre les chrétiens et les païens. Si nombre de ses écrits se moquent des petits bourgeois, comme par exemple  « L’histoire des Abdéritains » , roman satirique et voltairien qui dénonce l’esprit bourgeois et plein de préjugés de la République d’Abdéra .Il écrira « Nulle part on ne trouve d’âmes aussi limitées, des têtes aussi dures et des cœurs aussi froids que dans les petites républiques. Son œuvre la plus célèbre reste Obéron, épopée tirant son sujet de la chanson de geste française Huon de Bordeaux. En 1765 il épouse la fille d’un riche marchand, Anna Hillebrand, dont il aura 13 enfants dont 7 seulement survivront. Rappelons qu’il fut le précepteur des deux fils de la duchesse Amélie. A côté des œuvres romanesques, qui eurent un certain succès, il entreprit la traduction des drames de Shakespeare, ce qui le familiarisa avec la vie théâtrale . Nommé professeur de philosophie à l’Université d’Erfurt, il publiera de nombreux textes philosophiques et politiques Le souvenir de Wieland est représenté à Weimar par une statue.  

Herder (1744-1803), né à Mohrungen, anciennement en Prusse Orientale, aujourd’hui en Pologne, fils d’instituteur reçut une éducation familiale sévère. Parmi les étapes essentielles de sa biographie complexe, il convient de noter l’influence de l’enseignement de Kant en astronomie, logique, métaphysique, philosophie morale, mathématiques… Il enseigna au Séminaire de Riga  en 1764 mais dut fuir devant l’envahisseur russe et fut marqué par l’incendie de la ville. Sa statue est visible dans cette ville où il devient Franc-maçon à l’âge de 22 ans, dans la loge de stricte obédience « Zum Schwert » (« A l’épée »). On le comptera plus tard parmi Les Illuminés de Bavière en 1783. C’est lui qui fit découvrir à Goethe les poètes de l’Antiquité grecque, la littérature anglaise et française, les richesses du folklore. Il adhéra au mouvement du Sturm und Drang et fonda un magazine littéraire avec Goethe qui lui obtint la fonction de Surintendant membre et premier pasteur du consistoire évangélique de Weimar en 1776. Il fut également directeur du lycée Wilhelm Ernst et inspecteur pour toutes les écoles du duché de Sachs-Weimar-Eisenach. Une rupture inévitable mit fin à leur amitié car leur approche de la Révolution française était  fort différente. Il la soutenait alors que Goethe s’en distancia essentiellement à cause des massacres de La Terreur .Il rencontra également Diderot et D’Alembert mais contesta la philosophie des Lumières.                                                                                                                   Considéré comme un poète, un théologien et un philosophe, il est aussi un théoricien de l’Histoire qui selon lui n’est pas synonyme de progrès. Son œuvre qui influença diverses disciplines comme l’anthropologie, la géographie, la philosophie ou la pensée du langage est marquée par un Traité sur l’origine des langues et la vulgarisation de la littérature populaire avec son ouvrage Voix des peuples, poésie populaire. Une des églises de Weimar porte son nom.  
Compte-rendu d’Hélène  Charpentier et Jean-Marie-Mailfait.


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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: Weimar et ses écrivains.   Mer 9 Avr - 8:37

Merci

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Il y a tant de livres, que j'ai pas assez de place pour tout avoir sniff Very Happy
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