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 la classe ininterrompue présentée par Mona Ouzouf.

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Charpentier Hélène



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Date d'inscription : 28/01/2008

MessageSujet: la classe ininterrompue présentée par Mona Ouzouf.   Mar 16 Fév - 19:32

La famille Sandre.

L’historienne Mona Ouzouf, retrace l’histoire de cette famille d’après quatre cahiers  conservés dans la famille jusqu’à nos jours depuis le XVIII° siècle, dans l’ouvrage   La classe ininterrompue. Cahiers de la famille Sandre, enseignants. 1780-1960. Hachette littérature, 1979, 437 pages.
Du Directoire à la V° République, ces cahiers présentent quatre récits rédigés par quatre personnes unies par la filiation et le métier : celui d’instituteur et d’institutrice  et le plus souvent en milieu rural.
Au terme de son introduction retraçant le parcours de ces instituteurs allant de Bertand à Marie, laïque convaincue néanmoins pratiquante, Mona Ouzouf leur reconnaît ce point commun : aucun ne ne se désavoue.
En d'autres termes, au fil des générations et malgré les bouleversements politiques et l'évolution des mentalités tous sont soucieux de s'instruire pour mieux transmettre des connaissances et éveiller les esprits car cette mission leur semble non seulement utile et importante mais indispensable

Bertrand Sandre, né en1772, rédige en 1798 Histoire de ma vie. Le récit est à la troisième personne. Issu d’une famille de négociants dans la région de Briançon, plutôt aisée et soucieuse de donner une instruction à ses enfants en les envoyant au couvent ou au séminaire. Bertrand se destine à la prêtrise comme l’ont déjà fait plusieurs membres de sa famille et poursuit des études lui permettant de suivre cette voie. La Révolution de 1789 suivie de la Constitution civile du clergé le décide à renoncer à ce projet car il refuse de prêter serment. La suite des événements le conduit à s’expatrier à Gênes où il devient quincailler. Il revient néanmoins régulièrement en France à Chantemerle dans les Hautes Alpes, où son épouse dirige avec ses domestiques une importante exploitation tout en étant attentive à l’éducation de leurs 14 enfants. Les malheurs de son commerce le contraignent à revenir en France et il songe à ouvrir une école. Il a été un temps précepteur chez un riche marchand de draps à sa sortie du séminaire. Les notables de Chantemerle lui envoient volontiers leurs enfants essentiellement durant l’hiver. Néanmoins, Bertrand, qui a pleuré la mort de Louis XVI, met fin à l’expérience, le jour où un fils de menuisier monte sur la table en criant : «  Vive la République ! »
Baptiste Sandre, son fils, né en 1824, apprend le latin et le service de la messe auprès de son oncle, curé à la cathédrale de Gap. Quelques années plus tard, contraint, par des pères maristes, de redoubler sa rhétorique  au motif de couplets imprudemment exaltés dans un hymne à l’ange gardien, il est dégoûté d’un coup de la prêtrise et décide d’être instituteur public. Il exerce comme instituteur public indépendant dans plusieurs communes de Saône et Loire dans des classes aux effectifs particulièrement chargé allant jusqu’à 90 garçons à Iguerande ou Gilly sur Loire. Chantre à l’église, il compose des hymnes religieux ce qui ne plait pas toujours à la municipalité en place. Il se rend compte que ses études au séminaire ne lui ont pas tout appris. Il peut enseigner à lire et à écrire mais il ne maîtrise pas les quatre opérations. Comme aucun de ses supérieurs ne peut lui transmettre les secrets de la division, il devient son propre instituteur et se met à la tâche pour maîtriser cette opération et l’enseigner. Il s’oppose au Préfet qui limite le nombre maximum d’enfants bénéficiant de la gratuité de l’enseignement primaire et s’il apprend qu’une famille n’envoie pas tous ses enfants à l’école parce que tous ne bénéficient pas de la gratuité, il n’hésite pas un instant à les accueillir pour les instruire. Il met au point un Livret d’écolier permettant de suivre les progrès de l’élève et ouvre un cours d’adultes. En 1861, il participe au Concours entre les instituteurs. Sur les besoins de l’Instruction primaire dans une commune rurale du point de vue de l’école, et rédige un important mémoire sur le sujet. En 1880, il est mis d’autorité à la retraite par le Préfet de la République pour avoir reçu dans son école la visite d’un curé accompagné d’un père jésuite. Il obtient la gérance d’un magasin d’objets pieux à Paray- le- Monial dont les pères jésuites seront expulsés. L’un de ses fils est ordonné prêtre en 1889.
Sa vie privée est marquée par la mort de 5 de ses enfants et l’une de ses filles demeure invalide à la suite d’une maladie.  Très attaché à sa famille, il est particulièrement affecté par ces épreuves. Son récit, entrepris à la fin de sa vie est rédigé à la première personne.

La commune de Mussy sous Dun où il a exercé de 1864 à 1867  lui rend hommage sur le site non officiel de la commune.

Joseph Sandre, son fils, né en 1850, reçoit une éducation religieuse à laquelle il restera fidèle jusqu’à sa mort. Il entre à l’Ecole Normale de Mâcon en 1867. Il a effectué à pied les 80 km allant de Mussy sous Dun à Mâcon en compagnie de son père qui l’a préparé, lui et un ami, aux épreuves du concours. Pour constituer son trousseau il a dû travailler environ 3 mois comme canut pour le compte d’une importante soierie lyonnaise. Il ressent douloureusement le choc de la guerre de 1870 et prend ses distances avec son père Baptiste auquel il reste néanmoins très attaché. Il se marie en 1871 et tient une comptabilité très serrée. En 1877, avec deux enfants à charge, ses revenus se limitent à son salaire, 800 francs ; le chant à l’église, 100 francs ; le secrétariat de mairie, 60 francs, et divers travaux, 20 francs. Comme il doit rembourser 175 francs d’emprunt, il reste 1,10 franc par personne et par jour. Le couple aura 7 enfants et élèvera la fille de l’un de leur fils veuf à deux reprises. Au cours de sa carrière, Joseph exerce dans plusieurs localités. A Bragny et Saint-Vincent, dépendant du canton de Palinges en Saône et Loire, il n’y a qu’une seule école pour les deux communes qui ont chacune leur maire et leur presbytère. Il a donc 75 élèves garçons dans sa classe et sa collègue institutrice environ autant. Il les divise en 4 niveaux et s’organise au mieux. Il manque des tables et fait appel à la charité publique pour s’en procurer.                                                                              
 En 1889, il est déplacé à Ormes car il a déplu dans la localité précédente, à la femme du sénateur. Il est mal accueilli par le maire, hostile à la religion et est l’objet de plaintes venant d’habitants n’ayant pas d’élèves à son école. Ses compétences et ses résultats lui permettent de s’intégrer mais, victime d’une cabale dont il démasque les instigateurs, il choisit de terminer sa carrière à Vérizet où il restera dix ans et déploiera une activité débordante jusqu’à sa retraite. Se sentant épuisé à la fin de l’année 1905, il sollicite sa retraite.
Au centre de la vie communale, Joseph, curieux de tout et avide de connaissances dans de nombreux domaines, reste néanmoins le dernier des personnages dans la hiérarchie des notables et fréquente plutôt les humbles. Il définit ainsi son choix de vie   «…entièrement à ma tâche et me tenant éloigné des discussions politiques, des rivalités locales et de tous les « potins » de village où l’on ne peut que se brûler les ailes. »  Catholique fervent, il demande à être enterré avec le crucifix qui a été enlevé de sa classe. Néanmoins, confiant dans le progrès en marche le trésor qu’il a toujours conservé précieusement n’est pas une médaille pieuse mais un autographe de Pasteur. Ses mémoires, rédigés à la première personne offrent un témoignage remarquable de la société rurale de son temps et de son évolution.

Marie Sandre,fille aînée de Joseph demeurée célibataire pour se consacrer totalement à son métier, répond en 1961 à une enquête menée par jacques Ozouf aux instituteurs retraités de la III° République. Elle a 80 ans. Formée l’Ecole Normale d’Institutrices de Mâcon, elle obtient son premier poste en 1900 et achève sa carrière comme directrice d’une école à 15 classes au Creusot.

Son neveu Yves Sandre, né en 1913, agrégé de Lettres, a conservé les cahiers de Bertrand, Baptiste et Joseph. Il a enseigné en lycée jusqu’en 1965 et plus particulièrement à Vitry le François de 1936 à 1957, puis est devenu maître de conférences jusqu’en 1975. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, de romans pour la jeunesse et a romancé l’histoire de ses ancêtres dans deux ouvrages : Marchands de participes et  Marie des autres publiés aux éditions du Seuil.
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Joseph fait le bilan de ses dix dernières années d’exercice à Vérizet.
«  J’ai exercé mes fonctions pendant 10 ans à Vérizet et ces 10 années comptent assurément parmi les plus laborieuses de ma longue carrière.                                        
L’on conçoit quels labeurs je devais m’imposer : à l’amicale, c’était le souci de la bonne marche de la société, les réunions, les conférences populaires avec projections lumineuses, l’organisation de nos fêtes, les répétitions des chants et des saynètes ; à la société des secours mutuels j’avais les assemblées générales, les allocutions du président, les comptes rendus moraux et financiers du trésorier, les toasts de M. Large, ses discours aux funérailles des sociétaires, les comptes rendus des séances, l’établissement deux fois par an du compte des recettes et des dépenses, les statistiques annuelles, la recette des cotisations quand Charles Janaud était empêché ; aux pompiers, à la mutuelle- bétail, je donnais souvent un coup de main pour les diverses écritures ; le syndicat des digues, le bureau de bienfaisance me prenaient encore un certain tems ; à la mairie , la besogne était écrasante : il y avait toujours quelque projet en l’air, de volumineux dossiers à préparer pour l’achèvement de la maison d’école des filles, dont les travaux chevauchèrent sur trois exercices, la construction des lavoirs et d’abreuvoirs publics, l’établissement ou la rectification des chemins,, tout cela en surplus de la besogne courante ; puis des arpentages ; divers travaux pour les particuliers (…) ; la monographie de Vérizet –Fleurville en quatre volumes, ; divers travaux pour l’académie et pour M. de Quercize ; une correspondance personnelle très chargée…que sais-je encore ? Ma vie à Vérizet, je l’ai dit souvent, était un véritable tourbillon. (…) Mais, comme je l’ai souvent dit aussi, je me délassais d’un travail par un autre travail ; et tout au moins y avait-il quelque variété dans mon surmenage. Tout cela d’ailleurs ne m’empêchait nullement de cultiver mes fleurs et mes légumes et d’avoir le jardin le mieux tenu du pays ; ni non plus de me donner tout entier à mon école et de faire mes cours aux adultes trois mois de l’année. »
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Marie-Ange
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MessageSujet: Re: la classe ininterrompue présentée par Mona Ouzouf.   Mer 17 Fév - 12:00

"Déplacé parce qu'a déplu à la femme du sénateur". ça a l'air d'arriver souvent ce genre de schéma...

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Charpentier Hélène



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MessageSujet: Re: la classe ininterrompue présentée par Mona Ouzouf.   Mer 17 Fév - 12:26

La femme du sénateur organisait une soirée à laquelle elle avait invité le couple mais la femme de l'instituteur étant très fatiguée et enceinte du cinquième enfant je crois, l'instituteur a décliné l'invitation. Alors la femme du sénateur n'exerçant aucune responsabilité sinon celle de parader comme épouse de notable,Evil or Very Mad  n'appréciant pas qu'on lui dise non, s'est vengée... Twisted Evil
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MessageSujet: Re: la classe ininterrompue présentée par Mona Ouzouf.   

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